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And They're Off !!

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chroniques sur les courses hippiques de tous temps.


La Confrérie des battus.

Publié par And They're Off sur 24 Octobre 2012, 10:05am

La Confrérie des battus.

La Confrérie des battus.

" J'étais derrière les stalles. Je marchais, calmement, mon doux et gentil cavalier sur le dos. Olivier je crois. J'en ai connu des hommes sur mon dos, mais c'est avec lui que je me sens le mieux. Lui, il veut me voir gagner, il court avec moi, il m'aide à cela. Samedi, j'avais besoin de soutien plus que jamais. Et il était là pour moi. Il me caressait. Il me parlait. J'étais bien. J'appréciais le sol humide sous mes sabots, le même que la dernière fois. Et cette fois-là, Olivier et moi, on s'était envolé. Alors j'étais confiant. J'étais prêt à l'exploit.
Mais il est arrivé. Lui. Frankel. Il trottinait vers nous. J'entendais les applaudissements qui l'avaient accompagnés tout au long de sa détente. Il avançait, doucement. Il était incroyablement calme. Je n'ai pas pu détacher mes yeux de lui tandis qu'il approchait. Il était musclé, vraiment parfait. Une croupe monstrueuse.
Après tout ce qu'on m'avait dit de lui, je m'étais préparé à tout, mais pas à ça. Il n'était pas arrogant. Il ne transpirait pas la folie, il ne se ventait pas. Son œil était vide. Il semblait ailleurs, détaché de tout. Pourtant le monde entier était à ses pieds, prêt à baiser ses sabots lustrés. Les tribunes tremblaient sous la pression. Et quelle pression ! Invaincu en treize courses. Écrasant tout prétendu champion miler. Aujourd'hui, il courait pour la dernière fois. Aujourd'hui plus que jamais, il allait devoir satisfaire l'appétit vorace de nos voisins anglais. Sur un sol qu'il ne connaissait pas, mais que moi j'adorais. Sur une distance qu'il ne maîtrisait pas encore totalement. Et pourtant, il était là, devant moi, aussi lymphatique que s'il était terré dans l'ombre de son box.
Je l'ai regardé, longtemps. En l'espace de quelques minutes, Frankel était devenu à mes yeux le plus grand cheval du monde. J'étais fier d'être de sa race. Fier qu'on me pense apte à me mesurer à lui. J'étais heureux qu'on m'offre cette chance.
Et j'allais tout faire pour le vaincre. J'étais convaincu de l'exploit que cela engendrait, mais je devais me montrer digne de lui.

On me fit entrer dans ma stalle. Il n'était pas bien loin de moi. J'ai senti Olivier. J'ai ressenti sa joie. Il vivait la même chose que moi. La course ne devait être que belle.
Les portes se sont ouvertes. J'ai bondit. Frankel était sortit en retrait. Il était toujours dans son monde. A partir de ce moment-là, je m'en remettais à Olivier. Il connaissait mieux que moi chacun de mes concurrents. Tout ce que je savais, moi, c'est que je devais le regarder dans les yeux lorsqu'il serait à ma hauteur. En attendant, je me laissais guider. On était le long de la corde. J'avais personne devant moi. Mais Bullet Train me devançait légèrement. Un cheval incroyable lui aussi. Dévoué à son frère coûte que coûte. Il ne lui a jamais fait défaut. Il a toujours été là pour lui. Et aujourd'hui plus que jamais. A peine le premier tournant avalé, Olivier me faisait glisser devant lui. Bientôt, je sentais son souffle sur ma croupe. Il disparut, laissant sa place à Nathaniel. Il était derrière moi dorénavant. Il épaulait son frère. Pendant quelques foulées, les deux fils de Kind étaient côte à côte. Ils établissaient la suite du plan. Bullet Train lui avait soufflé ses derniers encouragements. Maintenant, il allait faire son devoir, pour la toute dernière fois. Le cœur serré par l'émotion, le cheval de jeu s'arracha à Frankel et, motivé, me rejoint dans la foulée. Dans le dernier tournant, j'allais infiniment mieux que lui. Mais je l'ai vu accélérer, je l'ai vu forcer, désespérément. Nathaniel était en troisième épaisseur, à ma hanche. Il commençait son attaque. Frankel était là lui aussi. Il suivait Nathaniel. Et il n'avait toujours rien fait. Il se contentait d'épouser le mouvement.
La piste se dévoilait à mes yeux. Mon combat commençait.
Bullet Train s'évanouit le long du rail. Nathaniel fonçait mais ne refaisait pas un centimètre. Frankel était en pleine piste. J'avais pris les devants. Olivier me poussait. J'accélérais, j’écœurais Nathaniel. Mais je voulais le voir. Je voulais lire dans ses yeux, connaître la détermination ultime. J'aurais tout donné pour vivre ces quelques instants. Il me fallait mobiliser mes dernières ressources, juste pour quelques secondes de duel. Juste lui et moi. J'avais tellement à apprendre de lui. Lorsque Olivier me donna un coup, le tout premier, Frankel arrivait enfin. Il était droit. Monté au bras. Les rênes pendantes. Ce fut court. Trop court. Mais il arrachait le sol avec une énergie incroyable. Son œil n'avait pas changé d'expression. Lui, il courait avec les étoiles. J'ai vu la cravache s’abattre sur sa croupe. Il n'a pas bougé. Je ne pense pas qu'il l'ait senti. Il passa le poteau une longueur et demi devant moi. Seulement. Pas huit ou dix longueurs, même pas deux. J'étais fier."

Cirrus fut félicité par ses amis.
Walter retranscrivit ses paroles à l'écrit et les transmit à John. Le jeune journaliste publia le lendemain en Une les secrets du vieux fou. Ceux de Cirrus des Aigles.

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