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And They're Off !!

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chroniques sur les courses hippiques de tous temps.


L’œil du tigre scintille toujours plus fort

Publié par And They're Off sur 2 Juillet 2016, 02:20am

L’œil du tigre scintille toujours plus fort

Il était impossible qu'il ne reste pas proche de son public. Après avoir effectué une formidable carrière sur les obstacles ardus d'Auteuil et de Cheltenham puis sur les longs et éprouvants tracés de Longchamp, Kasbah Bliss cessait de courir à travers le monde à la fin de l'année 2013. Suite à dix années exaltantes, l'éternel coquin de l'écurie François Doumen prenait sa retraite et, de part et d'autre de la France, recevait de nombreux témoignages d'amour sur la toile. Vainqueur des inexorables cliquetis du Cadran, il avait été héroïque maintes fois de l'autre côté de la Manche. Un cheval de rêve pour une écurie vouée à son bien être, et pour un propriétaire fidèle qui ne le lâche pas d'une semelle encore à ce jour. Un cheval de rêve pour Eugénie Danloux, mon interlocutrice, cavalière émérite et surtout meilleure amie de l'indomptable « Rocky » depuis quelques mois. Ensemble, ils vous donnent rendez-vous sur les carrés de dressage. Un tout nouvel exercice pour un pur-sang hors du commun !

Née les petons dans la paille fraîche et la chevelure bourgeonnante balayée par le souffle des Anglo-arabes, Eugénie Danloux d'Harambure a grandi au rythme des naissances au sein de l'élevage familial. Des petites mains insouciantes et douces glissées sous les crinières des futurs coursiers, elle a acquis une poigne rassurante et maîtrisée qu'elle utilise à bon escient depuis quelques années avec de nombreux réformés. Spécialisée dans les compétitions de CSO et de Complet, Eugénie travaille auprès de son mari Robert Danloux, auteur de nombreuses prouesses sur les difficultés d'Auteuil et de Navarre en tant que gentleman-rider, et propriétaire, ses plus beaux souvenirs résonnant en les noms de Vieux Beaufai et Jean d'Angely, le premier étant titré du Grand Steeple-Chase de Paris du nouveau millénaire. En Normandie, le couple œuvre chaque jour dans la valorisation et le commerce de chevaux, et notamment des réformés dont ils apprécient les qualités d'écoute, de volonté et de courage. Des courses aux concours, il n'y a qu'un pas !

L’Écurie Siklos, propriété de son époux, a déjà fourni bon nombre de reconvertis tels Jau Lee, Soyeux de Beaufai ou encore Turbot de Beaufai, mais aussi d'anciens pensionnaires de Bertrand de Watrigant dirigés vers les courses d'endurance, de son beau-frère Frédéric Danloux, de Jean-Luc Guillochon que Eugénie recommande comme étant une « top maison avec un réel amour du cheval », et tout récemment de l'écurie François Doumen en la personne de Kasbah Bliss, notre formidable sujet ce jour sur lequel nous reviendrons d'ici quelques lignes.

Au sujet de ses réformés, Eugénie raconte un travail de longue haleine composé de patience et de compréhension mutuelle : « Lorsque arrive à la maison un cheval retraité des courses, nous lui accordons deux semaines d'acclimatation à son nouveau type de travail. Nous sommes généralement fixés au bout de trois semaines sur ses points forts ou faibles ou ses éventuelles déficiences physiques. Grâce à ce travail d'observation, nous sommes dans la capacité de dessiner leur avenir. Concours de Sauts d'Obstacles, Concours Complets, cheval de loisir ou d'équitation extérieur... tous ne sont pas faits pour être des compétiteurs mais ils ont tous des qualités qui leur sont propres. Le tout est de parvenir à découvrir ce qui les rendra heureux dans leur nouvelle vie, et de trouver le bon propriétaire qui sera apte à satisfaire ces nouvelles envies d'apprentissage »

Je vous parlais en début de chronique de Vieux Beaufai, le héros du Grand Steeple-Chase de Paris de l'an 2000 sous les couleurs de l’Écurie Siklos. Désormais âgé de vingt-trois ans, le champion du Temple de l'Obstacle coule des jours heureux chez Eugénie depuis son retrait de la compétition décidé il y a de ça onze ans. Un temps cheval de chasse sous la selle de son mari Robert, discipline où il excellait : « Un vrai 4x4, il passait partout mais en revanche détestait se faire doubler ! », le fils de Le Nain Jaune a désormais un rôle tout autre, celui de nounou des poulains, mission qu'il partage avec le valeureux Bayokos. Autant le premier reste difficile à attraper dans son pré, autant le second n'a pas son égal quand il s'agit de régaler les enfants qui lui grimpent sur le dos sans le moindre problème.

En 2002, tandis que Vieux Beaufai s'imposait encore à haut niveau dans le Prix Ingré, Marital Bliss donnait naissance au futur crack Kasbah Bliss au sein du Haras d'Ecouves. Champion d'Auteuil et d'Haydock, challengeur émérite lors de quatre festivals de Cheltenham, vainqueur du Prix du Cadran et de deux Gladiateur sur la pelouse de Longchamp, voyageur hors pair puisque troisième du Hong Kong Vase et quatrième d'un Dubaï City of Gold à Meydan, le fils de Kahyasi a œuvré de longues années pour son mentor François Doumen et sa casaque jaune et blanche attitrée, celle de Henri de Pracomtal.

En janvier dernier, Kasbah arrivait chez Eugénie, confié par M. Doumen qui lui souhaitait une vie de vieux actif. Quoi de plus normal pour un champion de l'obstacle à la carrure parfaite... que le dressage ? Dirigé naturellement vers les barres lors des prémices de son apprentissage, Kasbah refuse : « Mon mari avait eu de formidables sensations sur le plat, le cheval montrant à la fois beaucoup de souplesse et d'équilibre. Mais une fois en face des barres, il a dit NON. Il refusait catégoriquement de sauter. » Ses qualités sur le plat avaient été démontrées, Eugénie ne se laisse pas démonter : « J'ai voulu essayer le dressage par moi-même, juste une fois pour voir. Quand je suis montée sur son dos, j'ai tout de suite su que c'était mon cheval. » Elle s'explique : « Nous avons tout de suite communiqué lui et moi. Il a une bouche de rêve et je sens qu'il veut bien faire tout le temps, qu'il attend juste les indications. »

S'en suivit un long travail de reconstruction : « J'ai tout pris à la base. Décontraction, assouplissements, allures lentes et décomposées en extensions d'encolure, le nez dans le sable, tout cela afin de lui apprendre à tendre sa ligne du dos et ainsi la muscler. Cela a duré deux mois où je lui demandais beaucoup de transitions afin qu'il sache se donner sans s'ouvrir, et rendre ainsi son corps disponible. C'est un cheval étonnement souple pour son âge et son passé, il a beaucoup de rebond et me fais penser à un poulain de deux ans ! »

Deuxième étape du dressage, le développement de la nuque qui se doit d'être plus haute, et le rassemblé. « On y travaille encore à ce jour, et c'est loin d'être parfait, mais il y prend du plaisir et il est vraiment drôle ! On s’exerce sur les épaules en dedans au pas, au trot et au galop, les cessions à la jambe au pas et au trot ainsi qu'aux départs au galop depuis le pas. »

Déjà, et alors que Kasbah était offert à Eugénie par son ancien propriétaire à l'occasion de son anniversaire en avril, les concours se profilent, s'envisagent, et l'équipe saute dans le grand bain. Ni Kasbah, ni Eugénie ne s'étaient jusqu'alors essayés en compétition de dressage : « Au terme du premier concours, le jury me demandait une reprise plus vivante. Ils concluaient notre seconde tentative – soldée par une victoire ! - par un simple et bref « Changez de catégorie ». Un pur-sang : le jury n'en revenait pas ! Quel bonheur ! » Un peu plus de détails tout de même ! « Lors de notre première reprise, il y a eu beaucoup de transitions, de serpentines et de voltes. Ce week-end, [NDLR : oui oui, CE week-end !] pour notre troisième concours qui se déroulera en Amateur à Villier en Ouche, il nous sera demandé des départs au galop du pas, des cessions à la jambe au trot, bref, de plus en plus de technicité. On y va sans pression. C'est un régal de monter un tel cheval alors je ne me prends pas la tête. »


Appliqué, Kasbah Bliss a su néanmoins conserver son âme d'enfant : « Je le laisse parfois faire l'andouille dans la carrière, il a encore beaucoup de gaz ! En forêt, je lui accorde quelques franches accélérations, il adore ça ! D'ailleurs, il n'a pas changé, comme chez M. Doumen, il continue à ruer de temps à autre en couinant, un vrai deux ans ! » Elle ajoute : « Je crois que son caractère fait sa force. Il a un mental de guerrier. Son surnom, ici à la maison, c'est Rocky !»

Diva de l'écurie, Kasbah a ses petites habitudes : « Quand il rentre du paddock, il y va seul, en liberté. Il connaît son box. Il doit être nourri avant les autres sinon il tape. Aussi, il réclame de l'attention. Il adore quand je m'occupe de lui, et si je passe devant son box sans le caresser ou lui donner une pomme, il tape dans la porte. » Eugénie, pour notre plus grand bonheur, détaille davantage : « Il est inséparable de son pote le shetland, et il est choyé comme personne. Guêtres refroidissantes et vibrantes après le travail, séances de massage... Il adore les pommes et les grattouilles. Mais attention, derrière l'oreille gauche uniquement ! »

Eugénie poursuit... : « C'est un amour. Mes enfants peuvent rentrer dans le box et le brosser sans le moindre soucis. Il faut juste faire attention lors du sanglage qui doit se faire progressivement et en plusieurs fois sinon il mord. Je lui ai trouvé une sangle spécifique à ce type de sensibilité, tout en élastique et adaptée au confort du sternum. »

...Et conclut : « Mon Rocky, c'est juste un rêve. Pouvoir côtoyer un tel champion et créer cette relation de confiance avec lui qui nous permet de nous éclater dans une discipline que l'on découvre tous les deux est juste un bonheur inespéré. Il est arrivé au bon moment dans ma vie, une période de transition où je cessais de monter en complet et où je me remettais en question. Grâce à lui je me suis reconvertie et je ne regrette rien. On s'est bien trouvés !
Je remercie M. et Mme Doumen et Henri de Pracomtal qui l'aiment énormément, qui le suivent régulièrement et qui m'ont fait confiance au point de m'en faire cadeau. J'adore parler de Kasbah. Comme tout cheval de réforme, c'est un formidable cheval. Il suffit juste de savoir les écou
ter. »

Ce week-end, le couple s'assemblera de nouveau pour une troisième reprise face au public... et en musique. Bonne chance à Rocky et Eugénie !

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