L'incroyable Feronia !
C'est en parcourant l'ouvrage du baron de Veauce ( voir mon article qui lui est consacré ) que j'ai pu lire pour la première fois les louanges d'une jument extraordinaire du début du XIXème siècle, Feronia.
Bien que personne ne s'en souvienne aujourd'hui, Feronia était ce que l'on pouvait faire de mieux dans les années 1840. Une jument exceptionnelle au palmarès ahurissant. Il ne reste que trop peu de détails sur sa carrière cependant ceux que j'ai réussi à obtenir se suffisent à eux-même.
Feronia a débuté sa carrière en 1842, à deux ans. Elle courut deux courses réservées aux pouliches, les remportant toutes deux par respectivement quatre puis deux longueurs.
Pour son retour à trois ans, Feronia échoua de peu pour la victoire mais elle est tout de même déclarée partante pour le célèbre prix de Diane. Le baron écrit ceci :
" Feronia était une fort jolie pouliche, de taille moyenne, au poil bai et brillant. Elle était forte, le dos musclé, la poitrine très éclatée. Enfin il nous semblait avoir un pur-sang apte à affronter les anglais. Tout au long de sa vie de cheval de course, Feronia a été montée par le jockey Thomas Sent pour lequel elle semblait avoir une grande affection. Le matin du prix de Diane, son nom était murmuré, mais pas autant que celui de sa rivale Lady Langden arrivée il y a peu d'Angleterre et qui l'avait devancée lors de leur première course commune le mois précédent. Les rumeurs qui disaient Feronia incapable de tenir au delà de deux kilomètres étaient justes. Bien qu'elle courut avec grand courage, elle ne parvint jamais à approcher la championne anglaise Lady Langden. "
Ce fut le début cependant d'une très grande carrière sur distance plus courte.
Feronia fut revue en piste à quatre reprises en 1843. Elle remporta ses quatre courses brillamment. En effet, en août de cette année la jument baie s'imposa dans une course pour pouliches et juments d'âge devançant la championne de l'an passé, Flying Duchess. Sa course suivante fut encore plus incroyable puisqu'elle s'imposa de nouveau devant elle, mais aussi et surtout devant le renommé Saint Gatien qui écrasait tout sur son passage dans son pays, l'Angleterre.
Feronia avait fait ce qu'on espérait d'elle, elle battait les anglais chez elle, il fallait maintenant les affronter chez eux.
Feronia fut donc au départ d'une très grande course à Ascot dont le nom ne m'est malheureusement pas parvenu. La course attira la foule et les concurrents du monde entier. Même les américains furent de la partie. Feronia les battit tous sans même lutter.
"Ce 25 octobre 1843 fut un jour incroyable pour l'élevage français. Jamais un pur-sang français n'avait été meilleur que les anglais. L’élevage des pur-sangs en France avait donc rejoint celui des anglais, on avait comblé nos cent cinquante ans de retard. La jument n'avait laissé aucune chance à ses rivaux, les dépassants en une foulée, les distançant facilement de plusieurs longueurs. Les autres chevaux paraissaient s'éteindre face à l'envolée de la nouvelle reine de France."
De retour l’année suivant, alors âgée de quatre ans, Feronia fut tout aussi sublime. Bien qu'elle fut largement battue dans sa course de rentrée, elle remporta coup sur coup deux courses en France, écrasant la concurrence, et à nouveau une course principale en Angleterre. Elle était alors devenue une icône et était adorée par tous, dans les deux pays. Malgré une courte défaite en France, que l'on retranscrit comme due à la distance, un peu trop longue pour elle, elle fut à nouveau au départ de la célèbre course anglaise qui avait fait d'elle une jument adulée et elle l'a remporta magnifiquement.
Elle était tellement aimée, qu'on en voulait encore. Elle revient donc en 1845 et fit ce qu'elle devait faire, gagner. Elle battit les meilleurs en France et en Angleterre. Une troisième victoire consécutive sur le sol anglais, dans leur plus belle course. Imbattable par les anglais, cela ne s'était jamais vu. Les américains eux aussi avaient tentés le déplacement mais sans résultat, elle était la plus forte.
" C'était magnifique, incroyable. Feronia, était devenue un symbole, une nouvelle Marianne. Même le roi Louis-Philippe 1er avait fait le déplacement et il fut le premier à avoir l'honneur de caresser l'animal une fois le poteau franchi. La foule était en transe, les femmes s’évanouissaient, ou courraient flatter l'encolure de la jument. On s'embrassait, français et anglais mélangés, c'était une grande journée."
En 1846, Feronia avait 6 ans. elle était âgée, mais toujours aussi belle. On espérait d'elle une quatrième victoire de sacre. Mais il n'en fut rien. Les jeunes pouliches et poulains étaient frais et pleins d'envie. Feronia n'avait plus leur fougue. elle se fut devancée par des champions de trois ans, à trois reprise, tout en restant magnifique seconde. Elle s'imposa malgré tout dans deux grandes courses en France puis elle partit remettre sa couronne en jeu, en Angleterre. Et elle perdit, troisième seulement, bien que fort courageuse. Le peuple français s’effondra de tristesse mais elle fut applaudie avec entrain après la course.
"On ne la revit plus jamais en course, mais quand on se souvient d'elle, une lueur s'anime encore dans nos yeux. On attend dorénavant avec hâte ses produits sur les hippodromes de notre chère France, et peut-être, espérons-le, sur le sol anglais."
Je suis navrée de vous apprendre, maintenant, que tout ceci est faux et que Feronia n'a malheureusement pas existé.
Mais cette histoire nous l'avons tous bel et bien vécu puisque, bien que très romancée, c'est celle de Goldikova.