Dabirsim.
Plutôt Sea Bird ou Arazi ?
A l'heure où les plus belles actualités hippiques ne se trouvent plus en France, mais en Angleterre et en Australie, doucement l'espoir d'avoir aussi une légende sur notre sol faisait palpiter nos cœurs.
Tandis que nos amis anglo-saxons se frottaient ( et se frottent encore ! ) les yeux face aux démonstrations de Mister Frankel, les Australiens n'étant pas en reste avec Black Caviar, il nous manquait cette impression visuelle, ce cheval qui nous rendrait fier d'être français.
Début 2011, un murmure. A la Teste, un poulain de deux ans écrasait d'autres bébés de dix longueurs et ce pour sa première course. Il est beau. Grand, noir, dominateur.
Il aura suffit d'une course pour créer l'espoir.
Il revient, à la Teste toujours. Il gagne. Combien ? dix, quinze longueurs ? Non, trois-quart de longueurs. Outch !
Outch vous dites ?! Non ! Trois-quart de longueurs exceptionnelles ! Car aussi incroyable que cela puisse paraître, son entraîneur Christophe Ferland n'avait pas du tout aimé sa première course. Il lui fallait apprendre à courir, à attendre et à combattre. Et il l'a fait, sans l'aide de la cravache, les oreilles pointées.
Alors, qui est Dabirsim ? Début de réponse dans le prix de Cabourg, groupe III sur la ligne droite de Deauville. Une vraie ligne droite, de vrais deux ans contre lui. Il attend, longtemps. Et puis il enclenche, doucement, appuyé légèrement par son jockey. Une longueur. Derrière lui, B Fifty Two fait ce qu'il peut.
Dabirsim a battu un anglais ! Mais oui mais non, B Fifty Two n'est vraiment pas ce qu'il y a de mieux chez nos voisins, et on reste extrêmement timide sur nos impressions. On va pas crier au crack tout de suite ! On veut pas passer pour des cons non plus !
Logiquement, puisqu'il a remporté une préparatoire au prix Morny, groupe I, il se doit de s'y présenter !
Nous voici donc au plus haut niveau. Et il n'est plus seul, un autre cheval nous a impressionné cette année sur le sprint, et ce sur les hippodromes parisiens ! Family One...
Même parcours, même hippodrome que précédemment. De meilleurs concurrents. Un meilleur Dabirsim. Family One prend la tête, roule devant à pleine vitesse, prend tout le poids de la course et pourtant résiste jusqu'au bout au finisseur Sofast. Quel cheval ! Mais tout cela, trois longueurs derrière Dabirsim qu'il n'a pas vu passer.
Pour sa dernière course à deux ans, on prend des risques. Pour la première fois, on le rallonge de deux-cents mètres, pour la première fois, on l'envoie à Longchamp.
Prix Jean-Luc Lagardère-Grand Critérium. Groupe I. A deux-cents cinquante mètres du poteau, Dabirsim est dernier, loin, très loin du leader qui tente de conserver son avance mais en vain, il est crevé. Le peloton fond sur lui, Dabirsim longeant la corde deux, trois fois plus vite que les autres. Il s'impose de trois quart de longueurs.
Tiens, trois-quart de longueurs ! ça ne vous dit rien ?
Allez, ne soyez pas timide les amis, vous avez le droit maintenant, non ? Vous avez le droit de vous frotter les yeux !
Aucun coup de cravache ; Frankie n'a pas eu le temps !
Voilà donc la légende Dabirsim.
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Mais rappelez-vous, j'ai posé une question ! Dabirsim, plutôt Sea Bird ou Arazi ?
Auréolé du titre de cheval de l'année tout âge confondu en 2011, et du meilleur deux ans, Dabirsim rentre définitivement dans la légende du turf français. Tout comme Arazi, en 1990.
Mais Arazi n'a pas été le super crack qu'on attendait à trois ans. La déception française est encore là, gravée dans nos cœurs. Mais il avait une excuse, il s'était blessé.
Avril 2012. Rentrée de Dabirsim dans le prix De Fontainebleau à Longchamp. Mille six-cents mètres. Il n'est plus sprinter, il est miler. Enfin... c'est ce que tout le monde espère !
Parce que ce qu'il nous manque en France, c'est une légende classique, un mâle imbattable qui accroche le jockey-club, l'Arc sur son tableau de chasse, qui dure et écrase les anglais, les écœure. Et pour cela, Dabirsim doit tenir 2400 m...
Et il ne tiendra même pas 1600...
Dans le prix de Fontainebleau, Dabirsim a prit la grosse tête. Il remet à l'ordre un concurrent, tentant de l'intimider en lui montrant les dents. Puis il s'ennuie, alors il tire. Allons, plus vite les gars !
C'est le moment, il faut y aller. Soumillon attend, les mains posées, de voir, de ressentir l'effet Dabirsim. Et le cheval avance, prend trois longueurs. Et Soumillon a le cœur qui s'emballe, et les yeux rieurs qui trainent partout, sauf à sa gauche. Car derrière lui, Dragon Pulse est lancé, courageusement il remonte les trois longueurs de retard et défie Dabirsim qui, dans la lune ( tout comme son jockey ) tarde à répondre, et se fait voler la victoire d'un nez.
Stupeur. Dabirsim n'est plus invaincu. Mais quel con ce Soumillon ! On a mal au cœur, on refuse de voir l'évidence. Dabirsim n'est pas classique. Il ne tient pas.
Alors on retente le coup. Poule d'essai des poulains. On veut réhabiliter Dabirsim, mais aussi Soumillon !
Même lieu, même parcours. Gardé au chaud à la corde, légèrement brillant, il tente de refaire comme dans le Grand Critérium ; s'infiltrer le long de la lisse et ce jusqu'au poteau. Mais n'est pas Frankie qui veut ! Il est gêné, se décale. A du mal à se relancer. Avance. Mais pas comme avant. Pas mieux que les autres. Il termine sixième à une longueur à peine du vainqueur Lucayan.
C'est sûr, Dabirsim est un sprinter. Et il n'aime pas être parmi un peloton aussi touffu. On a le cœur serré. On se résigne, après avoir eu le meilleur miler de tout les temps en Goldikova, pourquoi pas le meilleur sprinter !? Battre les anglais ferait de lui une légende, pas celle que l'on espérait, mais une tout aussi belle.
Il ne reste plus qu'à attendre.
( Aussitôt mon article terminé, un poulain de deux ans, grand, noir, même casaque, même entraîneur, remportait sa toute première course, à la Teste, de peu mais avec beaucoup d'assurance. Son nom : Sahawar. Étrange non ? )