Trêve et Thierry immortalisés sur les Aigles. Un moment rare et privilégié dont je me souviendrai toute ma vie.
J'ai rencontré Trêve hier.
Il m'avait fallu du temps pour coucher mes adieux sur papier. Du temps pour réaliser que Trêve ne vivrait plus que par mes souvenirs. Du temps pour accepter l'attente d'un prochain prodige qui me transporterait comme elle a su si bien le faire, pendant deux ans. Et puis je me suis lancée, je me suis souvenue, j'ai souri en laissant voguer les images dans ma mémoire, et j'ai soupiré pour relâcher la pression. Tant de tension sur une année, balayée en deux minutes glorieuses et en quelques foulées divines. On a l'habitude de dire qu'il ne suffit que de quelques secondes pour que le travail d'une vie s'effondre, mais avec Trêve, les habitudes ont été chamboulées. De ses quatre jambes sculptées, de ces quatre sabots fragiles, elle a marqué nos vies et est devenue l'Histoire. Il n'y aura pas plus grand que Trêve. Peut-être pas sur la piste, ce n'est pas ce que je prétends. Mais le récit de sa vie, de sa renaissance, de son entourage, de l'osmose entre elle et Thierry, tout ça est unique et incroyable. Remporter un second Arc était impossible, car même en pleine forme et sans douleurs chroniques bon nombre de champions ont échoué. Mais ça c'était avant. Alors, il a fallu que je lui dise Adieu. Elle qui bondissait au poteau, surprenante, envoûtante. Il fallait, après une année de douleur et une si soudaine bouffée de bonheur, que je lui dise Adieu. Impossible. Mais c'était comme ça, et je ne pouvais rien y changer. Ce n'était qu'une manifestation égoïste de ma personne, que je devais refouler. En annonçant Dubawi, on tournait la page. On arrachait le chapitre Trêve écrit en lettres d'or, pour mettre ces quelques feuillets derrière un verre protecteur, entourés d'un cadre sculpté dans le temps, imposant, majestueux, à son image. L'ensemble, cette représentation textuelle du souvenir que l'on voudrait avoir en tête au présent chaque seconde, allait prendre place sur un mur, face au monde, prêt à se faire admirer par tous ceux qui, un jour, auront le besoin, l'envie, ou même la chance, de pouvoir se remémorer la Belle. Je n'étais pas prête, mais je venais de l'accepter. Et puis la nouvelle est tombée comme une masse sur les cœurs par milliers. Le coup ne fut pas douloureux, mais tellement impossible à anticiper ! La Reine refusait d'abandonner son trône. Jamais cela n'avait été fait. Jamais, depuis la création de l'Arc. Reine de son temps, souveraine d'un peuple qui l'aurait suivie au bout du monde, Guerrière aux armes douces, qui transperçait les corps d'un regard imperturbable, et qui les laissait là, gisant dans les flots de l'émotion. Si l'on devait la représenter, peut-être aurait-elle les traits d'une jeune femme, vingt-cinq ans tout au plus. Le regard porté sur l'avenir, l'expression confiante et unanime. D'une main elle brandirait les couleurs de la France, l'autre, douce, serait tendue avec grâce, sans destination précise. Entourée par l'amour dont elle est ambassadrice. Entourée par tant de bonheur, dans un parfum de délice. L'année prochaine, Trêve ira en guerre, armée d'amour. Le combat sera rude, mais quoi de plus noble que la volonté d'apporter encore une fois les cœurs jusqu'aux astres stellaires. Je ne pense pas que ce sera l'année de trop, elle est bien trop entourée pour cela. Ce sera l'année de plus, peut-être la plus belle, sans doute la plus appréciée. Car nous savons maintenant, que Trêve est l'élue. Peu importe ce qu'elle donnera sur les champs de bataille, plus jamais nous aurons le droit de douter. Cela ne nous viendra même plus à l'esprit. Son entourage traduira ses belles paroles, et nous auront le cœur chaud à chacune de ses apparitions. Comme un cadeau que l'on sert contre notre cœur, ému par la beauté du geste, mais dont le contenu nous importe peu. Et puis, arrivera l'Arc. Cette course, cette ultime bataille. Ce sera quelque chose de grand. L'air sera chargé, le ciel électrique. A l'horizon, on discernera les traits chauds de l'énervement orageux. Dans un ciel bleu infini, immortel. Portera-t-elle le coup de grâce ? Finir en beauté, ce n'est pas forcément en victoire. Si elle se bat, si elle reste elle-même, peu importera l'issue de la guerre. Si elle revient entière, et heureuse, Christiane aura gagné. On aura gagné. Je la vois déjà, ovationnée par ces peuples qui se sont donnés rendez-vous. Je la vois, je les vois, marchant le long de la ligne droite, les mains saluant la foule. Elle, trottinant d'impatience, déjà focalisée sur son retour à l'écurie. Si humble. Si exemplaire. Je l'imagine dans le rond, attirant les clameurs jusqu'au bout du monde. Surtout, je n'imagine pas les portes de Longchamp, ou d'ailleurs, se refermant sur ce déjà nouveau passé, aussi glorieux soit-il, sans un ultime défilé.
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