Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

And They're Off !!

And They're Off !!

chroniques sur les courses hippiques de tous temps.


Y'a pas que des jours heureux.

Publié par And They're Off sur 17 Juin 2013, 23:22pm

Y'a pas que des jours heureux.

Y'a pas que des jours heureux.

Quel beau, quel Magnifique Prix de Diane ! Une splendeur sous cette chaleur caressante. Un délice ! Aussi puissant que cette gorgée de champagne que je viens de subtiliser à cette coupe en cristal. Aussi féérique que les douces toilettes fleuries qui m'entourent. Oh oui... quel magnifique Prix de Diane !
Que de souvenirs. Je ne sais par quoi commencer, mon esprit en est devenu dansant.

Ma journée débutait à 12h30, lorsque j'arrivais enfin sur la pelouse offerte aux pieds du château de Chantilly. Affamée, je me précipitais au stand de pique-nique où m'attendait déjà, je l'espérais du moins, une de ces coquettes boites à chapeaux qui m'avait impatiemment chatouillée l'esprit tout au long de l'année.
Patientant une demie-heure pour franchir les quelques mètres qui me séparaient de ma belle, une odeur de festin envahissant doucement mes narines, le soleil cuisant avec bonheur mes pieds douloureux, j'arrivais enfin à destination, heureuse de la tenir enfin dans mes bras.
C'est donc avec un sourire écarlate que je rejoignis mon conjoint avec deux misérables sandwiches à la main, mon rêve chapeauté de rose se retrouvant en rupture de stock.
Nous poursuivons notre promenade à travers les robes couvant la pelouse comme des parterres de fleurs sauvages. Direction la boutique de souvenirs. Je souligne la clairvoyance de France Galop qui avait prévu, pour sept euros seulement, de consoler ma déception, ma précieuse m'appartenant enfin.
Mes achats compulsifs achevés, nous pénétrons dans l'enceinte dédiée au cheval.
Le rond. La piste. Les tribunes.
Mal à l'aise au milieu d'une foule dense, je m’acclimate d'ordinaire parfaitement à celle des hippodromes parisiens, le bonheur vital d'être là prenant le dessus. Mais pas aujourd'hui.
Impolitesse, irrespect, bousculades. Tout est mis en œuvre pour me ramener au rang civique qui est le mien. Je ne suis pas de ce monde. Je ne fais pas partie de la fête.
Je brûle. J'ai soif. Les stands ne se marchent pas dessus, ils se tutoient de loin.
Je m'installe au rond de présentation, agglutinée. Les chevaux sont petits. Les barrières me les dissimulent. L'amas de bourgeois aussi. Seuls les plus réveillés, par quelques coups de tête agacés, me permettent de me sentir chez moi, à travers leurs regards.
Les chevaux s'en vont, les croupes dandinantes, le rythme du fer sur le sol imprimé dans mon esprit.
J'hésite. Je reste là, assise au rond. J'évite la foule. À quoi bon ? 1m52 face à la jungle. Le combat n'est pas loyal.
Alors j'attends. Je regarde. J'observe. Je m'ennuie.
Le défilé des jeunes drapeaux du monde, leur course à la mort, le retour du vainqueur, les torses bombés par le prestige.
Rien ne se passe. Les commentaires sont mornes et déprimants. Peut-être l'étais-je déjà alors : déprimée.
Les chevaux apparaissent, tournent et disparaissent. On crie l'arrivée dans les enceintes. Les chevaux apparaissent, tournent et disparaissent. S'assoupir, rien qu'un instant, le soleil étant des plus étourdissants, est formellement interdit. Malheur aux faibles, car il est aisé de ne pas avoir connaissance des chevaux. Pour la foule de tissus soyeux, de toute manière, peu importe. Là n'est pas la question.
J'attends. Olivier gagne la course évènement. Je sors de ma torpeur. Je le vois serrer d'une poigne diplomatique la main de l'acteur blond qui agite les pucelles en chaleur. C'était à se demander quelle pouliche hennirait le plus fort !
15h15. Enfin ! J'aperçois les doux minots de mes favorites. Les princesses, les robes douces et luisantes, agitent leur croupe du plus beau des roulements féminins sous les commentaires enthousiastes d'un marchand de légume en fin de journée.
Je me redresse. Je file tel un pickpocket à travers la foule. Je perds mon partenaire, me retourne, l'abandonne à son sort. Je me fais anguille. J'approche de la lice. Encore et encore. Stoppée net. Un mur de géants. Un rempart d'égoïstes. Petite femme que je suis, reléguée au second plan. Le défilé ? Pas vu un poil de queue. Et la course ?
Magnifique la course ! Les larmes me viennent encore au bord des yeux, cinq heures après. Une émotion indescriptible. Un hurlement à la mort, le cœur déchiré.
Je rassemble mes souvenirs. Qu'ais-je préféré ?
Le roulement des sabots meurtriers annonçant la proximité folle de mes princesses ?
L'apparition en un mirage d'une paire d'oreilles entre deux maudits chapeaux perchés ?
Ou... Non. Ne cherchons pas de plus beaux souvenirs. Ce sont les seuls.
J'ai envie de crier. Adieu Chantilly, Longines et ta mondaine société. Adieu Diane. Adieu princesses d'un jour, je vous aime tant. Car ça faisait bien longtemps que je n'avais pas pleuré autant. De dégoût, de déception, de désespoir.
Pardon. Mais ce Prix de Diane Longines 2013 fut pour moi un abominable cauchemar.
Un jour où l'on étale le tapis rouge aux colliers ornés de saphirs et où on explose sa morve truffée de paillettes d'or sur les amoureux des chevaux.
Adieu Diane. Bravo Trêve.

***

Je sais, j'attaque dur. Mais on a pas toujours la chance de vivre les courses avec féérie. J'étais là. Je n'ai rien vu. J'en serais déçue et meurtrie à vie. J'ai écrit l'article ci-dessus l'esprit en colère et les larmes aux yeux sur le trajet du retour. J'ai hésité à le mettre mais ce serait vous mentir que de vous louer cette journée qui fut mémorable pour 46 999 personnes. Mais puisque malgré tout le bonheur fut sur la piste, un article plus enjoué devrait voir le jour prochainement.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents