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And They're Off !!

And They're Off !!

chroniques sur les courses hippiques de tous temps.


Joyeuse après-midi.

Publié par And They're Off sur 29 Mai 2013, 23:06pm

Joyeuse après-midi.

Joyeuse après-midi.

Une brise légère se soulevait soudain et effleurait d'un baiser les pensées sous le charme et les tulipes valsantes, dansant à l'unisson autour de quelques chênes surplombants Church Ln.
La rue, déserte, s'offrait comme toujours au rendez-vous des oiseaux des champs, à leurs chœurs endiablés, mélodieux, doucereux.
Un rire déchaîné arracha à la nature sa torpeur retrouvée. Une buse dressée sur sa branche nue, le regard fixe et les plumes soulevées avec légèreté par le vent doux, tressaillit sous le coup du dérangement.
À quelques mètres à peine de son perchoir se tenait une importante bâtisse aux couleurs de la campagne, ornée de nombreuses fenêtres longues et élégantes et d'une large porte sombre et accueillante.
Le contraste avec l'extérieur vous frappait dès votre entrée. Il y faisait bon. Une lumière tamisée enveloppait le tout avec douceur, éclairant avec perfection le bar en bois massif qui longeait le mur achevant la salle.
Une homme à la barbe du mois d'avril essuyait son argenterie d'un geste de chiffon, l'attention détournée par trois compères sexagénaires aux rires ravageurs. Les trois amis, accoudés autour du barman complice, discutaient avec énergie des sujets du quotidien, la bière à la main et le pantalon crasseux des récoltes du matin.
Au fond de la salle, isolé de l'euphorie permanente, un homme d'âge mur levait un doigt en direction du patron, quémandant un second café noir d'un signe de tête bref mais néanmoins respectueux.
Le barman abandonna ses convives dans l'instant, fit couler la boisson, saisit un journal et apporta le tout à la table.
Serré dans son costume sombre, l'homme lui adressa un regard appuyé et dans un murmure le remercia de cette attention. Il déplia le papier de tout son long, d'une main soignée, la seconde remuant avec cadence le sucre qui se diluait dans la tasse.
Il était calme mais pressé. Il regardait le cadran de sa montre avec insistance régulière, et, bien que visiblement mal à l'aise dans son accoutrement, ne se déshabillait pas pour autant.
Revenu à sa cafetière et à ses omniprésents compagnons, le barman, sous leurs demandes agitées, éteignait la musique d'ambiance qui résonnait jusqu'alors et augmentait le son de la télévision. Le silence se fit instantanément. L'homme d'affaire déplissait son journal une ultime fois, la main figée sur la pointe de la cuillère, le regard porté sur l'écran. Les trois acolytes abreuvés semblaient avoir perdu leur voix. Seul le léger grincement du verre essuyé trahissait la présence du patron.
Sur l'écran placé au fond à droite de l'espace dédié à la boisson, une poignée de pouliches se dandinait quelques instants encore avant l'entrée dans les stalles. L'hippodrome de Lingsfield, à quelques centaines de mètres des hommes réchauffés, s'étendait sous leur regard juvénile.
Pour la plupart, les demoiselles participaient à leur première compétition officielle. Elles étaient frêles, tâtonnantes et regardantes.
" C'est elle ! " annonça d'un doigt pointé l'homme assis au milieu du bar.
Elle. Pouliche baie au fessier signé de sa mère, répondant au nom francophone de Joyeuse, pénétrait en dernière dans sa stalle de départ. Sursautant à la vue soudaine de l'étendue piste vierge, elle s'élança parmi ses congénères et se dissimula derrière l'une d'elles, épousant le mouvement général.
À la suite d'un bon tour de chauffe, les jambes dynamiques et réveillées, elle pointa au centre de la piste sa casaque verte et rose et s'avança aux flancs des meneuses qui s'étalaient sur la piste. Doucement, elle tenait leur rythme accentué, puis, l'air de rien, les oreilles dressées, rallia le poteau planté face aux spectateurs en joie. Elle se relâchait aussitôt.

Le spectacle terminé, les quelques minutes de silence s'estompèrent en un éclair et chacun allait de son petit commentaire. L'homme strict, attablé seul, souriait, le visage subitement adouci. Il se leva, donna un généreux pourboire et quitta les lieux d'un pas vif.
Restés seuls, les quatre hommes continuaient de plus bel.
Fusaient de toute part des "Frankel" amoureux, des "Frankel" nostalgiques et des "Frankel" respectueux.
Ils levèrent leur chope, les entrechoquèrent avec fracas, et d'un clin d’œil partagé, s'écrièrent :
" À Joyeuse ! "
Dans l'instant qui suivit, on n'entendait plus que les gorges s'extasier du doux parfum malté, et les chopes retombant sur le bois massif.
Les visages plus éclairés encore.
Plus joyeux.
L'esprit ailleurs, le regard ampli de nouveaux rêves.

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