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And They're Off !!

And They're Off !!

chroniques sur les courses hippiques de tous temps.


Le coeur.

Publié par And They're Off sur 19 Septembre 2012, 21:17pm

Le coeur.

Le coeur.

Le dernier pur-sang avait pénétré dans sa stalle. L'homme qui s'était chargé de lui s'en séparait alors, se glissant sous les portes et trottinant vers un abri. Une seconde. Les chevaux s'agitent, secouent la tête. Immobiles, les jockeys les tiennent bien en main. Deux secondes. Les portes s'ouvrent et claquent à l'unisson. Les chevaux s'abaissent et dans un mouvement commun quittent l'espace clos et oppressant. Tous les quinze s'élancent côte à côte sur quelques mètres, s'arrachant à la torpeur, étirant leurs membres en quatre ou cinq propulsions puissantes. Certains se retirent alors du front, préférant la quiétude d'un dos dévoué. Parmi tout ces coursiers, un cheval à la robe noire avait pris un départ express et pointait son nez en troisième position. Son cavalier ne le sollicitait aucunement, le laissant trouver de lui-même une allure convenable. Les deux pur-sangs qui l'accompagnaient à la corde faisaient de même tandis que deux autres les passaient en revue dans un galop soutenu et venaient disputer le commandement. Le cheval noir s'était caché dans le sillage de l'un d'eux, à distance d'un cheval de la corde. Sa tête ondulait dans les crins de son prédécesseur, une tête amusante, aussi noire que le reste de son corps mais taguée d'un vulgaire coup de pinceau blanc qui partait des naseaux et qui s'estompait à la mi-chanfrein. Ses yeux réfléchissaient le bleu lumineux d'un ciel printanier. Il était calme. Ce n'était qu'un cheval parmi le peloton. Devant, les deux coursiers n'amusaient pas le terrain. Ils menaient leurs concurrents à grande allure, jusqu'au poteau. Profitant du calme passager qui régnait alors, le jockey du pur-sang noir observa la progression des concurrents, notamment de celui qui le contraignait à rester dans l'ombre. Minutieux, il retenait son cheval noir sur deux foulées, juste assez pour n'approcher plus que la croupe de son rival. Adoptant le mouvement général du peloton qui s'étirait à la sortie du dernier tournant, le pur-sang noir à la pointe blanche se retrouvait face à la piste, logé dans une deuxième vague de chevaux parés à un dernier effort. Son jockey demeurait impassible et patiemment le cheval attendait. Il dressa les oreilles. Il avait saisi un murmure. Son ami le soutenu dans l'effort, les mains appuyées au dessus de son garrot. Il ne bougeait pas, ne se déchainait pas. Il gardait un équilibre parfait, penché sur son encolure. Lorsque le cheval se retrouva devant, il releva la tête et allongea son poitrail. Il s'élança sur sa jambe gauche. Ses foulées étaient courtes. Ses jambes se rassemblaient sous ses flancs puis battaient le sol avec force, dans un rythme effréné. Restreintes mais efficaces, ses enjambées le menèrent jusqu'au poteau, quatre longueurs devant son plus propre poursuivant.

Cette course s'est disputée en début d'année, sur les 1500 m qu'offraient l'hippodrome de San Rossore, à Pise. Laghat et son ami Federico De Paola remportaient alors leur dix-neuvième succès commun.

Laghat, joli pur-sang noir, est aveugle de naissance.

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