Des Stakes jubilatoires.
Le soleil apparaissait peu à peu à travers les bâtiments froids. L'esprit encore à la fête, étourdie par la nouvelle, par cette chaleur, je quittais enfin Federation Square et rejoignais mes collègues de travail au Timeout Cafe pour profiter quelques minutes encore de ce qui avait, pour nous tous, égayé les prémices de cette nouvelle journée.
Mon cœur ne bondissait plus dans ma poitrine mais mon esprit divaguait encore dans ce qui n'était déjà plus qu'un souvenir.
Je me commandais un café noir.
Je posais mes lèvres sur le rebords de la tasse et avalait une gorgée du liquide énergisant. Une légère brume chaude s'évadait alors du récipient, brouillant mes lunettes. Et mon esprit.
Qu'elle était belle, notre princesse australienne, lorsqu'elle pavanait devant les tribunes, émerveillant alors des milliers de visages ensorcelés.
Que cela avait été dur pour nos cœurs.
Nous étions là, par centaines, amassés dans le Square, les yeux rivés sur l'écran géant. Au petit matin, la ville de Melbourne s'éveillait dans l'euphorie.
Notre égérie, notre joyau avait scintillé de mille feux sous le soleil estival qui balayait le temple d'Ascot.
Elle avait été magnifique. Elle avait su se battre contre les éléments pour la gloire de son peuple.
Black Caviar était australienne, et elle venait de le montrer au monde entier.
Elle était sortie de sa stalle décontractée. Les foulées calculées, elle avait pris la tête des chevaux les plus près de la corde, se laissant glisser sur la piste verdoyante. Elle ne se préoccupait pas du rythme précipité de son prédécesseur, ni de celui plus maitrisé du Godolphin Soul qui menait pleine piste. La ligne droite était longue, Bogart lâchait prise soudainement et disparaissait. Instantanément, Soul se lançait. Frappant le sol de toute force, s'arrachant à la torpeur, il tentait de prendre une avance décisive, agité par un Frankie des plus motivés. Mais rien n'y faisait. À ses côtés, Black Caviar se baladait. Les foulées amples, aériennes, elle semblait arrêter le temps. Ses jambes le brûlaient, et il ne pouvait en faire plus. La princesse vêtue de rose le narguait avec désinvolture. Ses accélérations multiples semblaient glisser sur la pelouse. Chaque foulée se percevait plus douce, plus lisse. Et pourtant, elle avait prit la tête. Soutenue par son ami, elle se lançait presque avec quiétude à l'assaut du poteau final. Peut-être trop même. J'avais cru mourir lorsque Luke avait posé les mains, si précipitamment, si loin du but. Les deux françaises, qui mettaient une claque au sprint britannique, arrivaient sur la princesse avec rage. Ensemble, elles se soutenaient dans l'exploit, remontant l'encolure intouchable de l'australienne.
Imperceptiblement, Black Caviar se relâchait. Mais soudainement, elle sentit la panique transpirante de son ami qui se remettait à crier ses supplications. "Nelly" appuya quelques instants encore sur ses postérieurs, se propulsant hors de danger. La victoire, elle l'avait humée de ses naseaux, seulement.
Mais qu'importe.
Je terminais mon café noir et sortait de l'établissement à l'aube d'une merveilleuse journée. Une journée baignée de rose. Une journée gorgée de soleil. Un bonheur.