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And They're Off !!

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chroniques sur les courses hippiques de tous temps.


Ce si secret Lope de Vega.

Publié par And They're Off sur 20 Juillet 2013, 13:39pm

Ce si secret Lope de Vega.

Ce si secret Lope de Vega.

Un André Fabre qui se tait, c'est un journaliste frustré. Ni plus, ni moins. Une gorge raclée, une quinte de toux et ils s’extasient. C'est qu'ils n'auront guère mieux de sonore ! Alors c'en est devenu un but. Une consécration. La manifestation de confiance d'un homme de jouvence. Mais encore faut-il avoir les bonnes questions.
Car André Fabre est la connaissance. Des décennies de galopades monstrueuses, de talents secrets dissimulés dans la brume. Mi-homme, mi-cheval. Tellement loin de l'humain, de son côté libre exploité avec stupidité. Mais si proche des chevaux. Si proche du Pur-sang. Ce sang libre. Fier. Direct. Maîtrisé.
Peut-être que la meilleure manière d'amadouer un centaure n'est pas de lui fabriquer des cornes pour pouvoir les tirer, mais d'écouter avec respect ses quelques ébrouements.
Et d'accepter le talent. La symbiose des élèves et du maître. Ou plutôt, celle de l'élève et de ses professeurs.
On n'a jamais demandé à un cheval de parler, on se contente de ses amples foulées révélatrices. Mais un homme sans parole, ah ça non ! C'est un sacrilège !

Parmi l'infinité de poulains s'étant exprimé sous son regard, et sous le notre, il y eu il y a peu Lope de Vega.
Large poulain à la carrure athlétique et à la gueule boxée, il ne restera pas dans le panthéon des grands et ne sera, je le pense, plus qu'un souvenir dans les décennies à venir.
Ce n'est pas qu'il fut mauvais, bien au contraire. Mais il fut tellement inconstant. Il n'avait pas cette flamme éternelle qui l'aurait rendu intemporel.

Lope de Vega eu un parcours classique, commun à bon nombre de bébés prodiges. Une première course à Deauville, fin août de ses deux ans, son énorme carcasse se trouvant enfin prête à se livrer publiquement. Il remporte ses deux premiers combats avec aisance et supériorité. Il n'en faut pas plus pour se jeter dans le grand bain. Deux semaines plus tard, Lope de Vega se retrouve en ligne pour le Grand Critérium. Il avait encore dans les jambes la douceur du gazon de Longchamp et la sélectivité d'un petit Mile. Se frottant au vert et rouge Siyouni et au charbonneux Dick Turpin, entre autres, il ne peut faire mieux que quatrième. Mais il manifeste un talent constant. Et s'assure un avenir confiant.

Reposé tout l'hiver, Lope de Vega retrouve la douceur du printemps et la piste de Longchamp. Légèrement rallongé, il affronte le Mile. Et les poulains ambitieux. C'est le Prix de Fontainebleau. Trois garçonnets s'y détachent. Rajsaman, encore sous la tutelle du prince Aga Khan, remporte la course qui lui en apportera bien d'autres. À ses flancs, Siyouni confirme. Lope de Vega se dégourdit les jambes dans la même foulée. Les autres sont loin derrière.
Les répétitions effectuées, les poulains se lancent à l'assaut du championnat des trois ans. La poule d'essai est un passage obligé, une mise en jambe ultime pour le grand classique de Juin. Lope de Vega retrouve bon nombre de ses amis du critérium et prend sa revanche. À porté de bras Dick Turpin se fait coriace. À leur croupe, Shamalgan ne prend pas part à la lutte et distance sereinement Buzzword qui ne parvient pas à réitérer son podium du Grand Critérium.

Lope de Vega découvre Chantilly, le prestige et les 2100 m du nouveau Jockey-Club. Nettement rallongé il se paie la tête de tous ses contemporains et écrase de ses foulées rases et enroulées une concurrence qui s’avérera à l'avenir bien précieuse. Planteur ne peut être à moins de trois longueurs, Behkabad, prometteur par le courage, a les naseaux chatouillés par les flots de sa queue. Entre ces deux futurs grands compétiteurs, Pain Perdu se déguste, succulent. Mais malheureusement il ne restera à l'avenir plus une miette de cette démonstration de talent.

Lope de Vega ne s'arrête pas là. La débauche traditionnelle perpétrée entre les premiers rayons de juin et les quelques derniers de septembre n'est pas à son programme. Il est de retour dans la foulée pour glaner un troisième groupe 1 sur une distance plus habituelle. Juillet et son Jean Prat, revanche pour certains, objectif pour d'autres. Très près de la tête, le gros alezan aux jambes courtes se profile entrée de ligne droite comme un gagnant en puissance, relayant le cheval de tête. Mais ses foulées ne se font pas plus puissantes. Attitude impardonnable face à tant de chacals. Dick Turpin reprend son sceptre de meilleur miler européen et étale son flegme britannique sous les yeux de Siyouni qui conclue les assauts. Lope de Vega n'est déjà plus qu'un souvenir. Il traverse le peloton en marche arrière et termine bon dernier. Toute lumière éteinte. Il ne devait vraiment pas être dans son assiette !

Deux mois sans compétition. Lope de Vega retrouve Longchamp qu'il ne quittera plus. Comme tout bon miler qui se respecte, il vise le Prix du Moulin de Longchamp. Mais la concurrence est rude et intransigeante. Le géant Fuissé s'ébroue de joie, sème son cavalier au canter, s'échauffe sur la piste le temps d'un petit tour et paré comme jamais, bondit sur ses échasses pour ajuster Rio de la Plata, Godolphin à la carrière irréprochable. Siyouni est encore là, complétant le podium à quelques distances. Paco Boy fait son entrée parmi les nouveaux de la distance. Lope de Vega ne peut les devancer.

Le magnifique poulain n'est pas aussi éclatant que sous le soleil de juin. Son parcours déconcerte. Car aussi incroyable que cela puisse paraître, ce n'est pas la Breeder's Cup Mile ou tout autre compétition parallèle qui se profile pour le fils de Shamardal. Lui, il relève tous les défis. Le voilà donc à Longchamp le trois octobre pour le Prix de l'Arc de Triomphe.
2400 m face à de vrais chevaux de distance classique. Le bout du monde pour tout miler. Mais Lope de Vega en est-il vraiment un ? Car ce qu'il fit dans l'Arc semblait des plus révélateurs ! Je dis bien « semblait », car Lope de Vega, à l'assaut de la plus grande course du monde, s'est vu violemment interdire tout espoir. Rejeté par les spécialistes, il est expulsé comme un mal-propre. Un lauréat de Jockey-Club pour miler. Ni plus ni moins. Timidement, il avait prit la tête de la cohue. Il avait lancé les hostilités. Le nez devant, il avait le profil du Jean Prat. On l'imagine prêt à bondir, sans se détacher. Accélérer progressivement, incessamment. Ou dépérir dans l'obscurité des tristes perdants de l'Arc. Ce qu'il avait dans le ventre, ce trois octobre, on ne le saura jamais. Écrasé en plein vol, il fut bâillonné, balloté, mal-traité par ses concurrents du grand jour.

Planteur fait le con. Worforce décolle. Fame and Glory se prend dans les pieds dansants du petit prince Wildenstein. Sous la panique, il chancèle et s'écrase contre Lope de Vega qui se prend de plein fouet l'accélération d'un gagnant de vrai derby. C'en est trop pour notre Lope de Vega. Il se laisse mourir dans les bras de Dante et disparaît à tout jamais du turf actif.
Pire encore. Il quitte l'Europe, abandonnant son passé pour retrouver le soleil de la belle Australie, ce soleil qui lui avait tant apporté en juin. Un soleil invincible.

En début d'année, la presse révèle l'accouchement de quelques paroles de l'homme le plus muet du milieu. Et ils exultent ! Le mérite ne leur revient en aucun droit, mais peu importe, ils ont gagné la partie, André Fabre a parlé. Car son ami Guy Thibault, respectable amoureux du souvenir, a su lui poser les bonnes questions.
Et c'est pour moi la stupéfaction. De ces 157 groupes 1 qu'il avait glanés jusqu'alors, à la demande de l'écrivain il ne retient que cinq champions. Sortent de sa bouche les noms de Zafonic, Pour Moi, Peintre Célèbre, Soviet Star et... Lope de Vega.
Oui, Lope de Vega fait partie du top cinq de la vie d'André Fabre, balayant Manduro qu'il avait pourtant déclaré au summum, ou Hurricane Run, mémorable et véritable champion.
Lope de Vega, lauréat de deux groupes 1 au parcours des plus étranges et à la constance des plus inexistantes, aux espoirs tant brisés, Lope de Vega est dans le cœur d'André Fabre. Le centaure à la bouche cousue avait tout tenté avec lui. Une carrière des plus folles car ses espoirs étaient fous.
Car le matin, dans la brume caressante, Lope de Vega s'était confié sous les yeux de son élève émerveillé. Et même s'il n'avait pu réaliser tous leurs rêves, dans la confidence, il lui avait tout montré.

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