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And They're Off !!

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chroniques sur les courses hippiques de tous temps.


Un pied de nez au destin

Publié par And They're Off sur 26 Juin 2014, 08:04am

Un pied de nez au destin

Sur son chéquier, l'homme alignait les zéros. Sans maux de ventre. Sans migraine. Avec le sourire. Et ce besoin d'investir, toujours plus. Toujours mieux. Il détachait délicatement le précieux papier de son support, le tendait à son destinataire, saisissant sa poigne avec fermeté, puis tournait les talons et disparaissait.

Des ronds, dessinés sur du papier. Seulement des ronds, pour s'approprier une destiné.


La chaleur s'imposait en ce début d'été anglais. L'hippodrome d'Ascot avait ouvert ses portes quelques jours plus tôt pour son meeting royal, assurant le spectacle sur la piste. Goldikova, la championne française, s'était offerte Paco Boy dans les Queen Anne Stakes pour fêter son neuvième sacre de prestige. Candford Cliffs, jeune talent, confirmait son succès dans les guinées irlandaises devant Dick Turpin, à la peau ébène. Il y a quelques minutes, Harbinger faisait sien les Hardwicke Stakes, laissant une foule déstabilisée, tremblante, et infiniment émerveillée.

On entendait déjà le grincement pincé de la grille se refermant sur une semaine hautement sportive. Le dernier groupe 1 allait se boucler en à peine plus d'une minute. Les Golden Jubilee Stakes en guise de clôture traditionnelle. Mille deux-cents mètres de foulées franches, sans repos, sans la moindre once de relâchement. Calé le long du rail, un poulain alezan se détachait, l’œil fixé sur le second peloton qui se disputait l'arrivée contre la lice opposée. Son accélération avait été efficace, il rejoignait son illustre père Choisir au palmarès de la course, mettant en avant l'élevage australien, d'où il venait d'être expatrié.

L'homme se frottait les mains. Il se remémorait les cercles dessinés sous ses doigts quelques semaines plus tôt, et jubilait plus que jamais.

Dans la foulée, Starspangledbanner s'adjugeait la July Cup de Newmarket, résistant, par de larges enjambées, au retour meurtrier de Equiano, l'autre héros sprinter du meeting de juin, vainqueur des King's Stand Stakes. Il achevait l’œuvre de son père, second de Oasis Dream dans cette même course, lui qui s'était avéré titan du sprint mondial en remportant, avec seulement trois jours de repos, les deux mythiques épreuves d'Ascot, mais aussi les Lightning Stakes dans son pays d'origine, seul contre la lice intérieure.

Le poulain alezan se mesura de nouveau à la concurrence anglaise à deux reprises, sans parvenir à s'imposer. M. Stabor, son propriétaire au porte-monnaie extensible, lui offrit un boxe dans son parc d'étalon, et la compagnie de jolies pouliches, prêtes à tordre de la croupe.

Seulement, l'animal n'avait pas les dispositions idéales pour la reproduction. Aussi rapide fut-il sur la piste d'Ascot, il se révéla être un cancre dans l'exercice de l'amour. Son harem n'enfanta que trop peu, et M. Stabor vit ses cercles d'or se transformer en gouffre financier.

Coolmore rejeta son prodige infertile et le ramena sur les pistes, pour quelques milliers de plus. Starspangledbanner y fut l'ombre de lui-même, loin du poulain précieux qu'avait mis au monde l’Australie, très loin du porte-drapeau qui avait soulevé la fierté de son peuple.

Lui qui avait su remporter quatre groupes 1 sur les deux continents, termina dans le néant lors de ses trois tentatives dans cette même catégorie. Coolmore ne lui rouvrira pas les portes du haras.

Le cheval alezan retrouva les prairies d'Australie, et la quiétude de la retraite sportive. Rosemont Stud l'accueillait. L'étalon dénué de toute virilité semblait sur le point de disparaître de nos mémoires, et de rester pour certains, qu'un souvenir heureux durement inachevé.

Sa production, bien que maigre, était existante. Tandis que Starspangledbanner terminait dans les méandres d'un peloton à Meydan, soulignant son ultime compétition, son fils The Wow Signal et sa fille Anthem Alexander se pavanaient déjà dans leur paddock aux côtés de leur mère respective.

Deux ans passèrent, et les frêles poulains découvrirent les pistes à leur tour, montrant des moyens, se retrouvant tous deux propulsés parmi les engagés du meeting de Royal Ascot de cette année.

L'un comme l'autre avaient marqué précédemment les esprits par une formidable performance, la pouliche ayant échoué lors de sa première sortie, se réhabilitant rapidement, le poulain découvrant les pistes et les efforts violents.

Le 17 juin dernier, The Wow Signal pénétra dans l'arène familiale, prêt à honorer son sang. Il remporta facilement les Coventry Stakes, groupe 2, sous les couleurs triomphantes d'Al Shaqab Racing.

Le lendemain, Anthem Alexandra s'imposait dans les Queen Mary Stakes, s'y montrant sérieuse et tenace face à une opposition juvénile motivée.

Deux poulains, qui en quelques foulées, ramenèrent l'étalon rejeté parmi les faits d'actualité. Et qui, je l'espère, fouleront bon nombre de pistes étrangères, clamant au monde entier quel bon père il a été.

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