Le cheval de course, comme on l'entend aujourd'hui, n'aurait certainement pas vu le jour et provoqué tant de dévouement à travers les siècles, s'il n'avait été enfanté dans la légende. Vingt-cinq ans avant la révolution française, la toute première icône du turf anglais naissait dans les ténèbres d'une éclipse solaire. Il mourra à l'aube d'une année sanglante, dans l'ombre des baïonnettes tressaillantes sous le parfum de l'imminente liberté.
Le jour du 1er avril 1764 connu deux vies. Il se réveilla d'humeur acariâtre, l'haleine chargée, l'esprit figé et confus. Les courbatures similaires à la veille, prémices du lendemain. Il ne voulut pas se lever. Il posa bien un pied à terre, mais le laissa effleurant, ne lui consacrant nulle force. Alors le jour du 1er avril s'attribua un destin. Il ramena à son visage l'astre lunaire, s'étouffant sous ce soyeux coussin, et expira dans le néant occasionné, se déchargeant de tout passé, renaissant dans ce présent qu'il s'était attribué.
L'issue des caprices de ce jour se trouvait blottie dans la paille, petite masse aux reflets boisés dont l'unique chaussette blanche s'était agrippée jusqu'au genou gauche et qui, de ses lèvres inconscientes et instinctives, happait l'air jusqu'aux mamelles prodigieuses. ECLIPSE était né.
Fruit des amours de la charmante SPILETTA, et d'un amant dont elle tue le nom à jamais, MARSKE l'officiel ayant été devancé une nuit par SHAKESPEARE le poète alezan, ECLIPSE grandit au haras du duc de Cumberland. Bien que présenté comme une merveille de la nature, il n'avait pas, à deux ans, l'ossature prometteuse et développait déjà un caractère ombrageux et indomptable. Le duc quittant ce monde, l'animal à la robe de feu fut présenté à une vente publique et allégea aussitôt de 70 guinées les poches d'un intéressé. Au grand malheur de celui-ci, un marchand de chevaux du nom de Wildman profita de l'illégale précipitation des achats avant l'heure annoncée pour renchérir de 5 guinées et disparaître avec son bien. De cet homme ECLIPSE reçut un nom, et une destinée. Tandis que le poulain grandissait, stimulé par l'herbe grasse des campagnes d'Epsom, il déploya au fil du temps une force et une vitesse inconnue jusqu'alors. Un diamant brut, qui refusait tout approche. L'animal devenait meurtrier au contact d'un éventuel cavalier, décochant des ruades continues, redressant son corps et ses sabots assassins au-dessus de tout opportuniste. Wildman, cherchant à se défaire de ce soucieux caractère, s'entretint avec le capitaine O'Kelly qui lui conseilla les services de Sullivan, un irlandais qui travaillait au sein de son écurie. Surnommé "le Charmeur", Sullivan pénétra dans le box du poulain pour un tête-à-tête mystérieux et lorsqu'il en ressortit, laissa derrière lui un animal des plus dociles. Habité par la maîtrise des Peaux-Rouges, l'homme aurait guéri ECLIPSE de ses maux en lui masquant les globes optiques de ses mains, mêlant son souffle au sien, douce brise de l'enfance dans l'affreuse disparition d'un soleil salutaire.
Le 3 mai 1769, alors âgé de cinq ans, ECLIPSE se présenta en compétition officielle, son don n'ayant pas encore été divulgué. Il remporta la première épreuve du Prix des Nobles et des Gentleman à Epsom, monté par Whiting sous les couleurs jaunes et noires du capitaine O'Kelly. Il couvrit les 6400 mètres du parcours en six minutes, retenu par son jockey.
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Eclipse, il y a 250 ans...
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