Les femelles ont la côte !
Le week-end de la Breeder's Cup, rendez-vous international du pur-sang avide de titre mondial, a été une année de plus une réussite et pour les yeux et pour l'élevage français.
Flotilla tout d'abord. Elle fut la seule à remplir plaisamment sa mission, devenant la première européenne à ravir la Breeder's Cup Juvenile Fillies Turf. Imprégnée du savoir-faire français, du bout du sabot au sommet de la toque bleue et blanche de son jockey Christophe-Patrice Lemaire, Flotilla se montre sûre d'elle et appliquée. Calme, la pouliche de deux ans prend son temps. À l'entrée du dernier tournant, à sa sortie, elle est la seule à ne pas être encore poussée de la cravache. Christophe l'équilibre. Elle évite une concurrente se déportant vers elle mais se colle dangereusement à une autre. Ces deux foulées instables passées, Flottila se remet droite et se transforme en guerrière, avalant la piste à grandes enjambées. Elle rejoint la tête, continue sur sa lancée, mine de rien. Christophe la caresse de la cravache. Elle fonce d'avantage, croise le regard de sa dernière rivale et s'arrache au poteau.
Son accélération dans le Marcel Boussac de Silasol n'avait été qu'une farce face à celle proposée samedi. Flotilla a frappé un grand coup, se montrant intraitable sur la douce pelouse de Santa Anita, utilisant avec brio la pourtant si courte ligne droite, se dévoilant extra en américaine.
Zagora avait fini cinquième dans le Diane de Sarafina avant de remporter le groupe 3 Prix Psyché. Suite à cela, la demoiselle née et élevée en France prit un avion sans retour pour vivre des sensations fortes et tenter de se faire un nom chez les pur-sangs américains. Deux ans plus tard, Zagora se présente dans la Breeder's Cup Filly & Mare Turf, auréolée d'une victoire de groupe 1, les Diana Stakes et de nombreux succès de groupes.
Elle est belle, étincelante, d'un alezan lumineux et attractif. Seule sa casaque rappelle son appartenance physique à l'Amérique mais son cœur est français, assurément. La jument, près de la tête, jette un coup d’œil vers Ridasiyna qui fermait la marche. Trop tard pour la pouliche princière. Zagora, maitrisant le rythme, se place en extérieur et se lance. Aveuglée par le poteau qui s'offrait à elle, elle ne vit pas Ridasiyna qui enclenchait alors. Celle qui restait sur son succès dans l'Opéra, privant Izzi Top d'une ultime victoire pour Monsun, signait alors une fantastique ligne droite, redressant l'encolure, engageant les antérieurs, propulsée tel un ressort, l'accélération foudroyante bien qu'encore imparfaite. Zagora ne l'avait pas attendue, elle terminait à la quatrième place.