" Il était une fois Cirrus des Aigles" Partie 1.
Par une belle après-midi de printemps, le petit Paul, huit ans, dessinait dehors sur la terrasse chez sa grand-mère. Appliqué, il donnait vie à un magnifique cheval bai qui courait parmi les étoiles filantes ; des étincelles jaillissaient de ses sabots. Son œuvre terminée, il fut captivé alors par une petite chouette qu'il vit s’engouffrer dans le grenier par les carreaux cassés de la vieille fenêtre. Pris de curiosité, Paul couru la voir de plus près. Discrètement, il souleva la trappe et doucement s'approcha d'elle. L'animal lui tournait le dos, s'attelant à reluire son magnifique plumage gris. Surprise, elle s'envola d'une pile de vieux livres. L'un d'eux chut aux pieds du jeune garçon et s'ouvrit sur une page jauni. Bien que très abimé, on y reconnaissait clairement la photo d'un grand cheval bai et d'une jeune femme qui l'enlaçait, les yeux plongés dans les siens et le sourire manifeste. La page suivante portait le titre du récit qui allait suivre : "Il était une fois, Cirrus des Aigles "
Fasciné, Paul s'allongea sur le parquet poussiéreux, et tourna la page.
Il était une fois, en des temps immémoriaux, une incroyable jeune paysanne. Corine, de son prénom, avait la vie dure. Elle avait repris seule l'exploitation de ses parents, soit quelques hectares seulement de champs de blé. Cette année-là, la récolte fut peu fructueuse et Corine travaillait sans relâche, jour après jour pour faire vivre sa ferme. Ses vaches, ses moutons et ses deux chevaux. l'argent manquait, et son ultime espoir reposait en son poulain de deux ans qui manifestait beaucoup de vitesse.
Il était coutume dans le pays de faire courir les chevaux les uns contre les autres, l'animal victorieux rapportant de l'argent à son propriétaire. Les courses de chevaux étaient réputées et chacun s'appliquait à élever le meilleur cheval, limités bien souvent par leur situation. Comme partout, les courses suivaient une hiérarchie très présente. Il y avait les courses du peuple où se concurrençaient les chevaux au sang pauvre, des pur-sangs sans carrure, discrets bien que courageux. Puis se déroulaient les courses entre barons, entre comtes, ducs et princes. Le summum, affrontant les plus nobles et les plus vaillants pur-sangs du monde entier, était les courses de roi. Les chevaux y étaient alors vénérés dans les contrées les plus lointaines.
Corine avait investit beaucoup de ses biens familiaux deux années auparavant, afin d'offrir à sa jument une saillie d'un cheval appartenant à un duc, Even Top. Et le poulain qui était issu de cette union était aujourd'hui prêt à courir. Corine qui élevait également des rapaces pour la chasse avait appelée son joli poulain bai Cirrus des Aigles.
Cirrus montrait quelques qualités à l'entrainement et Corine nourrissait l'espoir de le voir gagner, de le voir s'élever au niveau des courses de barons, voire de comtes. Cela lui assurerait les quelques années à venir. Mais Cirrus était aussi et surtout son ami, son confident de tous les jours et elle s'imaginait déjà vivre avec lui une incroyable épopée.
Cirrus des Aigles était un fort joli poulain à la robe baie-chocolat. Seul son postérieur gauche était chaussé de blanc. Il était gentil, joyeux. Cirrus foula une piste pour la première fois quelques temps plus tard. il termina quatrième pour sa première course. Malgré ce classement décevant, il avait montré du talent à son cavalier, revenant de l’arrière-garde après un départ manqué. Ses trois prochaines courses, ses trois dernières à l'age de deux ans, confirmèrent les impressions de la jeune paysanne. Bien que ne parvenant pas à devancer différents chevaux du peuple, il courrait à chaque fois plus brillamment, s'adaptant à tout terrain, toute surface, toute distance, toute tactique. Mais il lui fallait gagner. Pour Corine et pour la ferme.