Divine, Ma Divine.
Sept ans maintenant que tu es loin de moi. Bien trop loin. Depuis ton départ, ma vie a repris son cours. Il m'arrive parfois de m'arrêter devant ton boxe et de t'y imaginer, réclamant une caresse, m'implorant de tes yeux charmeurs, tes yeux si doux, si envoutants. Tu me manques, mais je te sais heureuse. Tes enfants sont magnifiques. Ton premier poulain, Eightfold Path, est toujours chez nous, à l'écurie. Il n'a pas du suffisamment t'écouter au paddock, il n'est pas aussi doué que tu l'étais. Mais sa présence me fait du bien, il te ressemble tellement. Il vient de remporter un gros handicap à Deauville, foulant cette piste qui te réussissait si bien. Je n'ai pu m’empêcher de te voir en lui, de revivre toutes ces émotions.
Divine, Oh ma Divine, tu étais si belle quand tu es sortie du van pour la toute première fois. Ta robe étincelait d'un bai sans pareil, ta petite tête s'agitant de curiosité, ta liste blanche s'infiltrant jusqu'entre tes naseaux. Tu n'étais pas bien grande, d'un physique à peine remarquable, mais tu dégageais tellement. Quelque chose d'imperceptible au début, ce sentiment que derrière toute cette beauté, toute cette gentillesse, se cachait une tigresse. Je t'ai aimé bien vite. Je te protégeais, je te rassurais, tu faisais de moi un homme heureux. Je te sentais si apaisée à mes côtés, si douce. Je ne pourrais jamais oublier tout cela. Chaque matin, je me levais, je ne pensais qu'à te rejoindre. On était que toi et moi, sur la piste, jours après jours. Lorsque j'ai senti pour la toute première fois dans mes mains ton petit caractère félin, j'ai compris à quel point tu étais exceptionnelle, à quel point tu allais me faire du bien. Et puis les courses ont commencé. Tu étais si belle, ma Divine, quand tu es revenue dans le cercle du vainqueur pour la toute première fois. Tu avais fait le nécessaire pour t'assurer la victoire, tu avais montré à tous ce que tu me confiais chaque matin. Bien que je n'étais pas avec toi sur la piste l'après-midi, je savais que tu faisais tout cela pour moi. Aussitôt le poteau franchit, je courrais te rejoindre sur la pelouse, et tes yeux qui reflétaient alors cet incroyable supériorité se mutaient instantanément en une caresse saisissante. Je t'ai vu grandir, cinq centimètres, tu n'as jamais été une géante certes, mais tu en avais tellement à l'intérieur. Tu ne me semblais être qu'une illusion, si fragile, j'avais peur pour toi, tous les jours. Le jour du Marois, je me sentais si faible, le stress m'avait envahi certes, mais pas seulement. J'aurais du le percevoir plus tôt, j'aurais du sentir cette gêne, ce début de blessure. J'espère que tu ne m'en veux pas, car je sais que malgré cela tu avais tout donné. Je n'en avais qu'à faire de cette défaite, je te savais bien plus douée qu'eux.
Divine, tu as montré si vite à tous qui tu étais. Ta générosité n'a pas bouleversé que moi, mais des milliers d'inconnus. J'étais si fier de te ramener dans le rond, d'être celui qui te connaissais le mieux. On t'a infligé des courses de plus en plus dures, et tu as toujours été là, impatiente, nullement impressionnée. Lorsque tu as remporté tes deux premiers groupes 2, tu étais encore bien jeune et pourtant si combattante. Ton allure rasante, si efficace ; Tes muscles transpirants une énergie incroyable, tout en toi était mémorable. Lorsque je suis venu te chercher, ce vingt-deux août, pour ton premier groupe 1, j'étais tendu. J'avais si peu dormi, si enthousiaste, et si inquiet. Sur la piste il n'y avait que toi, et toi seule. Je ne voulais pas te faire de l'ombre, mais je voulais te voir fière de moi, alors pour ce jour si important j'avais sorti mon plus bel accoutrement, bleu foncé, bleu ciel, nous étions jumeaux. Et puis sur la piste tu étais si royale ! A chacune de tes sorties, tu étais impériales. La poule d'essai des pouliches. Ce jour-là tu as été si extraordinaire ! Cinq foulées de suprématie. C'est beaucoup, mais pourtant si peu à la fois. Quand je t'ai vu te détacher, t'allonger, tu m'as hypnotisé. Ton regard ne reflétait plus rien de calme. Tu étais si concentrée, si déterminée, si dominatrice. Lorsque tu les as quitté, à mi-ligne droite, tu les as tous mis K.O. Il n'y avait plus que toi.
Je me souviendrais toujours de ton prix de Diane, ma Divine, du bonheur que tu nous as tous apporté, aussi bien à l'écurie que dans les tribunes de Chantilly. Cette pouliche si frêle était devenue une véritable femme, tu aspirais la force, tu monopolisais tous les regards. Je ne me suis jamais réellement inquiété de l'adversité, puisque je te connaissais. La pouliche princière avait fait chavirer bien des cœurs, mais pas le mien. Tu l'as pulvérisé. Tu les as toutes assassinées. Magistralement.
Ces moments me manquent. Pourtant, je suis toujours autant heureux. Tu as changé ma vie, tu m'as bouleversé.
Ma Divine, j'espère te revoir bientôt. Très bientôt. Je mettrai ma chemise et ma cravate fétiche, cette fois-ci pour me porter chance, à moi, car j'ai peur que tu m’aie oublié.
Au revoir ma Divine.
Ton ami G.P.