Ksar, mon cheval d'amour, lors de son doublé en 1922 devant Fléchois et derrière Mont Blanc qui avait fait preuve de caractère au départ, éjectant son cavalier.
Chaque année, il y a un jour que je redoute. Chaque année, il y a un jour que j'attends. Ce jour-là, je deviens moi-même, et ne pense plus à rien. Ce jour-là, je suis heureuse, et plus rien ne m'atteint. Je suis dans ma demeure, entourée d'amis du monde entier, et j'accueille sur ma pelouse les plus beaux chevaux de la Terre pour un spectacle en totale liberté. Ce jour-là, plus rien ne peut arriver. C'est un jour déjà tracé. Dans une merveilleuse et cruelle destinée. On peut l'appeler Qatar Prix de l'Arc de Triomphe, il ne peut être autre que l'Arc dans mon cœur. Pour lui, pas d'artifice. Pas de robes de soie, ni de légères perles dansantes. Pour lui, il y a l'air, la nature, les douces pages de l'Histoire, une plume suspendue au dénouement, l'encre prête à jaillir. Rien de plus que vingt chevaux, libres d'être eux-mêmes. Et vingt cavaliers qui rêvent de se faire emporter dans ce tourbillon de puissance. A l'instant où l'horloge cessera son action de chronomètre, figeant le temps sur cette seconde qui poignardera nos cœurs à grands coups de bonheurs, à cet instant précis, j'atteindrai le firmament de mon existence. Et la vie reprendra son cours, jusqu'à l'année suivante. Chaque année, je redoute l'Arc. Mais chaque année, je l'attends impatiemment. C'est une journée si brève, je n'arrive pas à pleinement la savourer. Elle est pour moi une si filante trêve, le seul moyen de me retrouver. Il n'y aura jamais plus grand que l'Arc. Il n'y aura jamais plus grand que son vainqueur. C'est le titre, le rêve, le passeport pour la postérité. Un prix, que la France a porté. Une action contre la résolution. Un pas vers la reconstruction. L'Arc a sauvé les courses, et le dessin hippique du monde entier. L'Arc est né de la guerre, et de l'urgent amour de la vie. Blessés, le peuple, l'élevage, les chevaux et l'envie des propriétaires. Meurtris par les bombes, le sang, l'absence, et le souvenir d'un frère. La grande guerre détruisit les cœurs, mais quelques caresses optimistes leur apporta une vitalité oubliée.
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