Le côté éphémère du cheval de course est souvent un problème. Moi, la plupart du temps, je m'y fais. Je sais la fragilité du pur-sang, son fantastique physique qui ne s'obtient que par de longues semaines de travaux matinaux, et son si instable moral qui peut lui enlever toute énergie en un instant. Je sais que tout n'est qu'inconnu. J'ignore pourquoi tel poulain, dont les membres tremblant se rassemblent sous son corps pour une énième tentative d'élévation infructueuse, deviendra un monstre de puissance et de détermination. J'ignore pourquoi certains auront le feu sacré, et d'autres seulement la gentillesse de bien vouloir tout donner. Je sais que peu importe le cheval, il y a un homme, ou une femme heureux à ses côtés. Je sais que lorsque la plupart des spectateurs voient une masse en mouvement, dressée sur une vingtaine de double pairs de jambes, il y a en vérité, une vingtaine de mains qui tremblent et autant d'esprits qui espèrent. On les ignore, mais les cavaliers du matin sont les premiers passionnés. Nous qui proclamons notre enthousiasme pour ces chevaux qui galvanisent nos cœurs par quelques foulées cosmiques, nous n'approchons même pas l'idée de les connaître. J'aime les courses, les chevaux, et les champions. Mais plus que tout, j'aime le cheval. Dans son intégralité. Un cheval a le droit de perdre, tout autant qu'un homme. Le tout est de savoir pourquoi. Ou de poursuivre notre aveuglement, et de n'en faire que des machines.
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