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And They're Off !!

And They're Off !!

chroniques sur les courses hippiques de tous temps.


Kofi.

Publié par And They're Off sur 7 Avril 2014, 22:44pm

Kofi.

Elle me plaît cette petite jument. Son regard, son envie, sa présence, elle ne paie pas de mine, mais elle a tant à donner. Elle est frêle, douce, elle attire les caresses et les petites attentions. Grâce à elle, j'ai senti l'affection, l'attachement, même s'il ne peut être totalement investi. J'ai appris à la connaître, sans la toucher. J'ai appris son parcours, et je l'ai vu éclore, et s'épanouir. Je vibre dans son regard, et chancelle sous sa détermination.

Elle me plait cette petite jument. Son chanfrein éclairé d'un croissant de lune, son maigre toupet, son allure chétive, ses yeux de guerrier.

Elle n'a pas le physique du champion. Elle n'a pas sa carrure, ni sa facilité. Mais elle a son cœur, et sa volonté. Depuis sa naissance, elle a dû s'adapter. Apprendre à vivre par l'homme, à le comprendre, et pour lui se dépasser. Jeune, c'est sous la protection de l'inexpérimenté François Marcais qu'elle découvrait le contact d'une main, glissant sur son encolure, puis guidant ses mouvements par la sensibilité de sa bouche. Avec lui, elle supporta la selle, et le poids imposé. Elle accepta ses demandes, et prise par le jeu, ne semblait jamais rassasiée. Vive, intelligente, elle n'était qu'un bébé, mais déjà, par sa présence, et sa douce force, elle promettait.

Tandis qu'elle soufflait sa deuxième bougie, la pouliche fut guidée vers le saut. Elle se souleva en liberté, puis avec l'encombrement du cavalier.

Un jour, elle était prête. Elle fut envoyée chez Guillaume Macaire, lieu de sa destinée. La multiplication des tâches, des équidés, des mouvements, des galops poussés, elle ne put rien supporter. Agitée, tourmentée, elle est aussitôt reprise en main, et sa préparation est rallongée. Une fois apaisée, elle s'en va retrouver le rythme effréné, que sereinement, elle apprend à maîtriser. Elle en fait son quotidien, et commence à gagner. Une autre vie prend forme, celle des après-midis, des luttes, et des accélérations prolongées.

Le onze novembre dernier, la pouliche passait en tête le poteau de l'hippodrome de Machecoul et s'engouffrait dans un nouveau camion. Elle n'eut pas le temps de faire ses adieux à son amie de toujours, compagne de prairie, Latyle, qui restait à l'écurie.

Kofi partait à l'aventure. Arrivée dans la cour de David Windrif, elle retrouve le calme, et toute sa sérénité. Aussitôt entourée, observée, elle découvre un travail à sa mesure, et son envie juvénile est exacerbée. Doucement, elle accepte ces inconnus, et la main d'Eliane. Progressivement, elle se sent chez elle, et mieux que partout ailleurs. Kofi est transformée.

Le vingt-six mars dernier, la pouliche courait à Enghien après s'être reposée de ses deux victoires rapprochées. C'était le grand jour. Pas celui des tribunes bondées, et des commentaires enflammés, seulement son jour. Elle découvrait les courses handicaps, et les espoirs qu'on lui accordait. Mais pour Kofi, ce n'était rien de plus qu'un joyeux nouvel après-midi.

Elle débarquait du camion, et pénétrait dans son boxe provisoire. Dans la quiétude de l'avant-match, elle se soumettait au contrôle vétérinaire, au pansage, aux caresses, sans aucune agitation. Eliane frottait son poil de son chiffon humidifié d'alcool, et lui donnait la brillance des grands jours. Une heure avant l'agitation, ensemble, elles sortirent se détendre les jambes, la pouliche légère emmitouflée sous sa Newmarket, les guêtres protégeant ses boulets. Puis l'heure se fit de plus en plus proche, et Kofi s'impatientait. Sellée par le patron, tenue par Eliane, elle rongeait son mors, et laissait monter l'adrénaline.

Et puis vint la course, le départ, et imperceptiblement, le stress de l'entourage tout entier. Les obstacles étaient les mêmes, mais son résultat dépendait seulement de son talent. En moins de cinq minutes, elle pouvait se tirer des épreuves à réclamer, et voir cette légitime partie d'angoisse s'envoler. En remportant une course handicap, la jument plantait ses sabots dans la cour de David Windrif, sans crainte des enchères, et des camions qui auraient pu définitivement l'emporter.

Appliquée dans ses sauts, à l'écoute de son cavalier, Kofi galopait de ses foulées fluides et reposées. Toujours dans le mouvement, elle se rapprochait de la tête entre les deux dernières haies et se lançait à l'assaut des derniers efforts. Seule devant, seule face à l'adversité, elle leur prend quelques longueurs, et de ses rapides foulées, devient pour la plupart inaccessible. Tourtour, la pouliche grise, enclenche alors et aussitôt la rejoint. Kofi résiste, dure, indétrônable, et accélère encore sur les dernières foulées, s'assurant la victoire d'un nez.

La course passée, la routine pouvait de nouveau s'installer. Eliane s'occupa de sa pouliche, lui douchant le corps, les jambes, les grassets, la couvrant et la faisant marcher .

De retour à l'écurie, elle constatait ses quelques plaies, les imprégnant de crèmes antiseptiques puis, respectueusement, se retirait, laissant sa pouliche dévorer son repas du soir, avec l'appétit du champion.

Le lendemain, Eliane serait de retour, et reprendrait doucement le travail de sa jument. Avec l'espoir, peut-être, de la voir s'épanouir encore, et de relever avec elle des challenges toujours plus importants.

Merci à Panoramic pour la photo.

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